Tapona, Goa, Inde
Heure locale : vers 12.34pm Temp.ext. : 40C° humidité : 43%
latitude : 14°58'7.30"N longitude : 74° 2'45.99"E
Son : Final Home, Dj Krush
A vingt minutes de moto de Palolem, en traversant une baie via un petit pont qui a l'air d'être une reproduction miniature d'un ouvrage d'Eiffel, on se retrouve dans un petit coin paumé où se
succèdent quelques petits ensembles de maison mauve, blanche ou terre, un non moins petit village de pêcheur au bout d'une route qui colle a l'étendue d'eau de la baie à tel point qu'on se dit
qu'il suffira de peu de pluie pour que cette route soit noyée, et lorsque la route se détourne du lagon-baie pour à nouveau longer les plages océanes, séparée du sable par des palmiers, des
épineux, quelque maisons abandonnées et des singes blancs au visage noir qui traversent a l'arrache ou se repose sur les murets de terre séchée, on finit par se retrouver sur un ligne droite de
prés d'un kilomètre qui file vers une autre baie, un autre lagon et un autre bled du nom de Tapona. Mais avant d'arriver là, a mi chemin de cette étrange ligne droite où le soleil tape la
poussière comme s'il était du métal chaud destiné à marquer le bétail, où parfois je croise des vaches maigres, des buffles lents, des femmes porteuses d'eau, de fruits, des hommes vieux qui se
protègent du soleil et des gamins pieds nus qui rejoignent le terrain de foot (un pré a l'herbe sèche en réalité), se trouvent une pancarte
incroyable qui m'a obligée à l'arrêt. Sur un morceau de bois récupéré, on peut lire en lettre maladroite BLUE
WALES BEACH et en plus petit parce qu'il n'y avait plus la place : Resort. Il y a une flèche qui indique un coin à l'ombre des arbres où un vélo rouille et un scooter prend la poussière.
Derrière, trois maisons qui ressemble à toutes les autres maisons du coin, béton marqués des trainées d'humidité sombres qui ont moisies la matière et bas de mur qui retrace l'historique des
dernières moussons avec des teintes de terre rouge qui remontent plus ou moins haut. Je vais parquer la moto à l'ombre et me glisse entre les maisons à la recherche du dit Resort. Mais il n'y a
personne, j'appelle. « Hello ? Namastééé ? » je discerne l'écho d'un téléviseur au travers des volutes de chaleur des jardins en friche, la poussière du sable (à croire que les grains
ne supportant plus les températures se sont disloqués pour avoir moins de surface à exposer au soleil) me collent aux pieds, sur les jambes, je dégouline de sueur et regrette presque de m'être
arr^été, au moins sur la moto, le vent me rafraichissait un petit peu quand une vieille femme surgit d'un des intérieurs en me souriant à presque pleine dents (il lui en manque quelques
unes...enfin, un certains nombres..genre beaucoup..) Je demande où est le resort mais elle continue de me sourire (moi aussi d'ailleurs) et me fait ce mouvement de tête si particulier et propre
aux Indiens qui consistent à balancer la tête de droite à gauche en utilisant le haut de la tête comme pivot central, c'est très curieux à voir et pas facile à imiter et aussi très marrant de
constater que hommes, femmes, enfants, vieux, adultes, tous font ce signe de tête dans beaucoup de situations très différentes. Mais avant que je m'esclaffe carrément (je vous assure, ce
mouvement de tête, sans vouloir paraitre moqueur, est vraiment à se tordre de rire suivant la personne qui le fait), un autre Indien sort de la maison et d'un anglais approximatif me montre un
chemin qui serpente entre les maisons et les massifs de plantes sèches, en direction de la plage et me demande si je veux quelque chose. Comme j'ai faim (j'ai souvent faim), je lui demande si il
a un poulet, tandoori ou massaala. D'un geste embêté, il me répond qu'il n'a que des crevettes. Moi, ça me va très bien, ce qui à l'air de le rassurer et il me dit d'aller attendre sur a plage,
qu'il m'amènera les crevettes quand ce sera prêt. Deux minutes plus tard, je suis sur le fameux Blue Wales Beach Resort...grandiose. Grande classe, tout à fait ce que je désirais. Il y a là une
cahutte abandonnée et délabrée qui sert de décharge à bouteille plastique, une table et trois chaises en plastique posées entre les arbres, deux hamacs poussiéreux et c'est tout. Personne en vue,
des arbres magnifiques, une plage
déserte où des vagues viennent rouler lentement avec
de lourds jets d'écumes aveuglants, il et midi, le soleil tape la surface de la mer et la réverbération me brule la peau alors que je suis à l'ombre des arbres, un vent salé, humide et brûlant
continue de me faire transpirer, le peu d'eau qui me reste est suffisamment chaude pour que j'y fasse infuser du thé, il ne me reste plus qu'à me poser sur un des hamacs dont la toile est rendu
rêche par l'air salin et fumer une grosse cigarette, la première de la journée, qui me fait tourner la tête et me fait planer presque autant qu'un gros pétard, je m'affale un peu plus dans le
hamac...Blue Wales Beach Resort, c'est la meilleure de la journée celle là...Un ghost resort rien que pour moi tout seul, je pouvais pas rêver mieux, mes muscles se relâchent dans le hamac, j'en
suis presque à m'endormir mais je continues de dévorer des yeux cet endroit loin de tout, la cabane délabrée, l'unique table du resort, la plage déserte et paradisiaque...je me dis que pour les
Indiens qui habitent les quelques maisons (que je ne peux pas voir depuis ici), il s'agit là de leur jardin...grande classe...puis mes réflexions peu poussées finissent par disparaitre
complètement, je suis là et je n'ai pas besoin de penser à quoi que ce soit...comme si j'étais un élément du décor, un bout d'écorce, une brindilles d'épineux, un grain de sable, une des fourmis
qui se sont mis à l'attaque de ma jambe droite, une mouche qui cherche à me sucer l'oreille....Quelques vingt minutes passent et je me retrouve à gober des yeux l'océan en me disant que je me
jetterais bien à la flotte, les vagues déroulent pas trop mal et je suis sûr qu'il y a moyen de se faire un petite session de bodysurf en étant bien, à l'aise, décontracté du zboub, à poil
même...J'en suis là quand l'indien de tout à l'heure arrive avec mes crevettes qu'il pose sur la table. Il repart avant que j'ai réussi à sortir du hamac, je lance un thank you qui à l'air d'être
emporté plus loin par le vent et finit par m'attabler comme un prince sur ma chaise en plastique qui s'enfonce dans le sable, pas de doute, aujourd'hui, je suis comme un roi...Fuyez les zones de
masse mes amis, si vous venez à Goa, un endroit cool pour être peinard avec soi-même, c'est le Blue Wale Beach Resort...au sud de Palolem, un peu avant Taponem...par là, quoi...
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